REPÊCHAGE 3: PIERRE RICHARD

L’article qui suit a connu exactement le même sort que l’article sur Lucio Fulci (v. ci-dessous). C’est pourquoi je le publie aujourd’hui, alors même qu’il n’a plus grand rapport avec « l’actualité ».

Le Grand blond avec une fausse mémoire

Pierre RICHARD

A soixante-dix ans, Pierre Richard a des souvenirs à raconter. Il le fait avec l’énergie d’un jeune homme, dans un one man-show d’une heure et demie.

 

Un brin d’école buissonnière est parfois aussi efficace qu’un conseiller d’orientation. « J’étais élève au Lycée Henri Wallon de Valenciennes. Un après-midi, au lieu d’aller suivre les cours, j’ai fait un petit détour par le Novéac où passait le Fou s’en va-t-en guerre, un film avec Danny Kaye, qui à l’époque était une énorme star. Il devait y avoir huit personnes dans la salle, et je n’ai aujourd’hui plus aucun souvenir de ce film, mis à part l’image de Danny Kaye chantant et dansant sur un porte-avions, partant de profil et ratant une porte pour finalement s’écraser lamentablement contre un mur. Mais cet après-midi-là, j’ai découvert ce que je voulais faire dans la vie. Si l’on m’avait posé la question deux heures avant, j’aurais répondu que je n’en savais rien. »

            Est-il bien logique, quand sa vocation de comédien s’est révélée ainsi dans une salle de cinéma, que, un demi-siècle plus tard, Pierre Richard choisisse pour évoquer certains moments de sa vie et de sa carrière les planches d’un théâtre ? Fausse question. « Les différences entre théâtre et cinéma sont d’ordre purement technique. Au théâtre, il faut se faire entendre du dernier rang. Mais qu’est-ce que jouer la comédie ? C’est être sincère dans ce qu’on dit. Et c’est tout. » Pourquoi alors tous ces acteurs de cinéma qui, depuis quelque temps, reviennent sur une scène de théâtre ? « Parce que c’est un besoin, et que le plaisir n’est pas le même. Pendant que la Chèvre passait dans les salles, il m’arrivait d’être dans mon lit à dix heures du soir et de me dire : en ce moment même, j’ai trente mille spectateurs, et je ne sens rien. La satisfaction était purement intellectuelle. Au théâtre, il n’y a que trois cents spectateurs, mais je vibre avec eux, j’entends leurs rires, je sens leur émotion. D’autant plus que je ne joue pas une pièce dans laquelle l’action resterait parallèle au public. C’est un one man-show, genre qui implique qu’on s’adresse directement aux gens. Quand ils rient, je peux marquer une pause et éviter qu’on ne me dise à la fin du spectacle qu’on a tellement ri à certains moments qu’on n’a pas entendu ce que je disais. Tandis que, dans une pièce, on est parfois contraint de continuer comme si de rien n’était en faisant abstraction des  rires si l’on ne veut pas briser le rythme… »

            Détournement de mémoire dérive d’un livre de vrais faux souvenirs écrits par Pierre Richard avec la complicité de son ami Christophe Duthuron (à ceux qui s’étonneraient qu’on puisse écrire son autobiographie avec quelqu’un d’autre, qui ne saurait être qu’un altérateur d’ego, Richard répond que tous les souvenirs, même les plus sincères, sont déjà détournés). « Je me suis demandé s’il n’y avait pas là la matière d’un spectacle. J’en ai lu quelques passages à Jean-Michel Ribes, juste pour avoir son avis d’homme de théâtre. Mais il m’a interrompu au bout d’une douzaine de pages pour me dire : “ Je prends ! ” »

            Restait alors à faire le tri, puisqu’il y avait dans le livre de quoi faire non pas un, mais deux spectacles (un second volet n’est d’ailleurs pas exclu). « Jean-Michel m’a conseillé de garder les scènes dans lesquelles j’étais directement impliqué et d’écarter celles dans lesquelles je n’étais qu’un observateur. Pour compléter ce critère, nous avons ajouté une petite trame, qui n’a rien à voir avec un échafaudage rigoureux à la Francis Veber, mais qui n’en existe pas moins : le Bonheur. »

            La distinction de Ribes est un peu spécieuse, dans la mesure où souvent, Richard est ce qu’il est précisément parce qu’il observe le monde qui l’entoure : « C’est même cela qui me rend distrait ! C’est parce que j’observe quelque chose que je fais tomber mon café ! C’est Jean Carmet qui m’a appris à observer. A voir combien pouvait être étonnant tel type qui aurait pu passer trois fois devant moi sans que je le remarque. Bien sûr, tout le monde repère un homme qui parle tout seul dans la rue. Mais il y a des gens dont le caractère étonnant est à trouver dans l’infime. Dans de petits tics, dans de petits riens. » Inversement, Pierre Richard a pris l’habitude de fermer les yeux pour éviter des visions qui lui gâcheraient l’existence. La télévision, par exemple. « Elle m’agace. J’évoque dans un chapitre Jean-Christophe Averty. C’était, sinon un génie de la télévision, en tout cas un surdoué qui a apporté un univers télévisuel. Je me rappelle la poésie de ces danseuses enfermées dans un cercle et qu’un doigt venait libérer en brisant le cercle d’une pichenette. Averty faisait du vrai avec du faux. Aujourd’hui, la télévision fait du faux avec du vrai. »

            Puisque le comédien a cité Francis Veber, il faut bien lui poser l’inévitable question : Depardieu ne lui a-t-il pas volé « son » personnage en interprétant l’innocent de Tais-toi ? « Gérard a expliqué chez Drucker qu’à l’époque même de la Chèvre, il était déjà jaloux de mon rôle… C’est sans doute cela, d’ailleurs, qui a fait que le mélange entre lui et moi était si détonant. Je n’ai pas vu Tais-toi, parce que je crains d’avoir un peu de peine à la pensée que c’est un film que j’aurais pu faire, mais c’est la première fois que j’ai de bonnes critiques sur un film que je n’ai pas fait. Par procuration ! »

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